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  • : Le blog de Jean-Marie Taubira
  • : Je suis Président du CRAPAG (Cercle de Réflexion et d'Action pour l'Avenir de la Guyane), Depuis le 10/12/2008, je suis le Secrétaire Général du Parti Progressiste Guyanais (PPG). Mon ambition est l'élévation de la conscience collective
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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 15:31

Le 9 juillet 2014, la chaîne publique Guyane 1ère dans son JT, informait les téléspectateurs, entre autres, de l’échange qu’il y avait, entre la Préfecture, le Conseil Régional et le Suriname particulièrement, sur une éventuelle relation commerciale concernant la distribution de carburant surinamien sur le territoire de la Guyane. Les politiques sérieux savent qu’il n’y a rien d’illégitime à discuter sur ce sujet, surtout s’il s’agit de décisions à prendre aux calendes grecques.

 

Par contre, il faut se méfier du caractère solennel de l’image qui pourrait laisser croire qu’il s’agit d’une négociation pour répondre immédiatement à la problématique du carburant sur le territoire guyanais. Pour les électeurs et citoyens, il importe qu’il n’y ait pas de confusion et de faux espoirs car, on n’est pas à l’orée d’une convention internationale portant sur la distribution de carburants sur le territoire guyanais pour deux raisons évidentes dont l’une est éminemment politique et l’autre liée à l’organisation pragmatique de la distribution régionale de carburants.

 

Les observateurs politiques responsables ont pu avoir une lecture subtile du film concernant cette partie du JT soir. Ils ont pu noter la prudence des représentants du Suriname qui ont tout de suite porté la discussion sur un point technique. Le représentant de l’Etat sur le territoire en la personne du SGAR a été dans son rôle et les propos qu’il a tenu s’inscrivaient dans la droite ligne de la diplomatie économique et du commerce extérieur de la France. Cette seule synthèse permet de capter l’isolement du Président du Conseil Régional de la Guyane. En clair, tout politique sérieux donc responsable peut en déduire que les représentants du Suriname et de la Préfecture de Guyane semblent avoir échangé avec l’Ambassadeur de France basé au Suriname. C’est la logique d’un Etat qui se respecte et qui a une ligne claire de sa politique étrangère et de surcroît maîtrise et respecte la hiérarchie de l’organisation institutionnelle.

 

Lorsque le Président du Conseil régional de Guyane dit durant ce reportage : « … je ne vois pas qui pourrait nous empêcher d’avoir un approvisionnement autonome… ». Il démontre ainsi son incohérence en matière institutionnelle, puis sa méconnaissance d’une part, de la politique étrangère de la France et d’autre part, de la réalité du secteur économique du carburant.

 

Sur le plan purement politique sa posture institutionnelle fait qu’il n’est pas un décisionnaire en matière de politique étrangère concernant le développement économique. Il peut porter un projet économique comme le permet la politique étrangère de la France à l’égard de ses Régions. Toutefois, cet atout doit respecter l’objectif du développement des territoires régionaux. Il y a certainement, au moins, deux lectures de la politique étrangère de la France pour les Régions en contact avec des Pays étrangers. Mais, je reste convaincu qu’à travers la construction, la conception de cette politique étrangère il faut lire la lutte contre le déficit de la balance commerciale, c'est-à-dire, les Régions doivent porter leurs savoirs- faire à l’extérieur et donc, conquérir de nouveaux marchés. Or, la balance commerciale entre les deux Etats souverains est en défaveur de la France quand bien même elle pourrait être légèrement positive pour le segment de territoire que constitue la Guyane. En termes de chiffres ce segment est insignifiant. Donc, les propos du Président de Région s’inscriraient d’avantage dans le cadre de l’article 74 que dans celui de l’article 73 quand bien même l’Etat aurait les moyens de pression pour inverser cette tendance. Néanmoins, il aurait au moins la légitimité de cette démarche oratoire or, il s’est fait le chantre de l'article 73 et cela restera historique.

Sur le plan du pragmatisme économique, le Président de Région semble avoir des difficultés avec la lecture de la photographie de cette branche de l’activité économique sur le territoire de la Guyane. Il s’agit d’un secteur qui est cadenassé par les distributeurs qui sont propriétaires de la quasi-totalité des stations d’essence. Les quelques stations libres ont signé un bail avec les distributeurs qui mettent en place les infrastructures de distribution en détail. En Guyane, ils sont trois, à savoir : Bamyrag-Total, Rubis-Vito, Sol. Le seul fournisseur de carburant est la Sara or, deux au moins de ces distributeurs sont détenteurs d’actions, par une forme ou une autre, pour tenir compte de certaines variations dans le temps, dans le capital de cette société. Par conséquent, penser à la distribution du carburant venant du Suriname c’est penser à toute la chaîne. Autrement dit, la création de nouvelles stations ce qui implique un type d’investissement, une nature spécifique d’approvisionnement avec la certitude d’absence de rupture de livraisons. Mais surtout, la contribution du Suriname au regard du stock stratégique ce que ne manquera pas d’objecter le seul fournisseur sur place qu’est la Sara.

 

Les effets d’annonce ne sont pas un engagement. La problématique du carburant en Guyane est une réalité, elle pose le problème du coût du développement économique. Par ailleurs, le carburant est une des composantes de l’énergie. Il importe de signaler que c’est l’énergie qui est indispensable à tout développement territorial. Ce développement, s’il peut être observé par fragments, il n’en reste pas moins que ces fragments sont en interaction, en interférence. Par suite, la préoccupation du Président de Région doit être de penser le développement en construisant un schéma de création de richesse. Ce schéma serait son projet qu’il lui permettrait de prendre toute la dimension que représente l’article 73 comme obstacle. Et… surtout, les chefs d’entreprises des PME seraient moins en difficultés sur un territoire dont les besoins sont infiniment grands et non satisfaits. Leurs efforts, tant psychologiques que pratiques auraient une juste rétribution qui leur permettrait de mieux s’épanouir que l’état dans lequel ils se trouvent actuellement sur un territoire en faillite économique générant stress, maladies cardio-vasculaires, dépression etc. etc.

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